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En ce jour de Noël 2004, les souvenirs de l’activité clinique de l’année écoulée affluent. Les joies, mais aussi les échecs et le souvenir poignant de ceux qui ne sont plus. Traiter des leucémies aiguës, c’est tenter parfois l’impossible, consistant à remettre sur le droit chemin une fabrique du sang (moelle osseuse) frappée d’aberration. Subir ces traitements c’est pour le patient de très longs séjours hospitaliers, apprendre la dépendance, faire confiance, vivre dans l’angoisse d’un résultat d’examen qui signifiera tout ou plus rien…et une épreuve similaire pour sa famille. Si tous ceux qui ne sont plus sont, pour les soignants que nous sommes, autant de blessures et de souffrance, aujourd’hui j’aimerais parler de Thomas. Thomas a tout vécu du traitement d’une leucémie aiguë. Des affres du diagnostic aux chimiothérapies et à la transplantation, de la récidive aux tentatives de sauvetage et à la mort. Tout vécu, de l’espoir d’une guérison, à la prise de conscience d’une fin prochaine. Lors de l’établissement du diagnostic, ce jeune-homme que nous ne connaissions pas encore, scientifique en formation, était frappant de sérénité, surtout intéressé par la physiopathologie de sa maladie et la formule chimique des médicaments utilisés. Il devint vite fameux parmi nous pour sa vivacité d’esprit et sa faculté inépuisable à poser les bonnes questions. Après de longues explications, nous pensions avoir fait le tour du sujet…mais Thomas, devenu un ami, a rarement manqué de nous retenir au seuil de la porte: « Ha –disait-il- encore une dernière question » Dernière question ? Vraiment Thomas…nous n’en croyions rien ! Pour Thomas, sa maladie fut l’autre versant d’une vie d’une folle activité, faite d’amitiés très fortes et d’authenticité, vie menée avec égard pour les autres, avec générosité, avec respect, avec amour, en particulier pour sa famille. Quand l’évidence d’une récidive nous frappa tous, un autre aspect de Thomas se fit jour : l’acceptation et la simplicité. En effet, il sut, avec une incroyable transparence, dire ses craintes, sa tristesse. Jamais il ne manifesta, devant moi du moins, un sentiment de révolte ou de revendication. Thomas est parti, en emportant le cœur de beaucoup d’entre nous. Le souvenir qu’il laisse est si fort que sa présence reste palpable. S’il était curieux de savoir ce qui l’attendrait après la mort, son souci principal fut sa famille. Sa mère, son frère donneur des cellules pour la transplantation, son père, sa grand-mère et les autres. C’est pourquoi il prit soin de parler avec chacune et chacun, balayant les non-dits et les malentendus, donnant ses conseils, profitant jusqu’au dernier moment de l’amour des siens et leur transmettant ses fortes convictions, ses encouragements et sa sérénité. Symbole de Thomas, de sa vitalité, l’album réalisé avec ses compagnons musiciens de Ideal Vibes et intitulé « Morning Sun » - Soleil du matin - quels mots magiques, quand on sait que ce CD fut enregistré par un Thomas en pleine récidive de leucémie aiguë, sachant ses jours comptés et de plus entre les traitements hospitaliers. Typiquement Thomas, l’artiste virtuose de la vie. Vous qui aurez le privilège de l’écouter, suivez la basse. Thomas est là, bien présent à travers sa musique. Il faut peu d’imagination pour le voir, vivant, concentré, sourire aux lèvres, derrière son instrument. Merci Thomas pour tout ce que tu nous as donné. Prof. Bernard Chapuis
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